Le vieux couple
J'espère que son auteur me pardonnera m'être approprié ses personnages.
Sur fond de tic tac monotone d'horloge quelques heures plus tard, Berthe et Henri dans leurs fauteuils respectifs sont au salon. Henri toujours dans son journal et Berthe dans ses pensées. Elle regarde par la fenêtre, les branches des arbres semblent danser. Les feuilles colorées se courtisent au gré des rafales et finissent leur chute enlacées dans l'herbe. Elle soupire. Le le salon, l'horloge découpe le temps. Chaque tic étant séparé de son tac par une éternité. Le téléphone ne sonne toujours pas. De temps à autre, Berthe profites du couvert d'un froissement de papier journal pour laisser s'échapper un autre soupir. Ennuyée, elle se lève et quitte le salon. Étonné de cette activité soudaine, le vieil Henri lève les yeux sur le fauteuil de sa voisine déjà abandonné.
À peine Henri a-t-il eu le temps d'entamer une autre chronique, que toute une fanfare de tintement de casserole se fait entendre dans la cuisine. Henri se lève pour et décide d'aller enquêter. Berthe entend des pas la rejoindre. Elle est heureuse de l'avoir finalement arraché à son journal. Plutôt que de la rejoindre, Henri s'arrête à l'entrée de la cuisine. Étonnée de n'entendre les pas se rapprocher davantage Berthe se retourne. Son Henri est là, la fixant intrigué. Craignant une moquerie de sa part Berthe le devance:
-Et bien quoi? ... J'avais envie de faire une tarte...
Jamais Henri n'avait goûté aucune tarte de la part de cette femme. Le visage d'Henri s'illumine. En un instant, il se retrouve petit garçon dans la cuisine de sa mère à commenter avec son objectivité de six ans la pâte de maman...
Les yeux toujours fixés sur elle, et Berthe berçant sa tête doucement à attendre la suite. Il lui lance:
-Viens jouer dehors avec moi.
Berthe qui trouves l'idée tout d'abord ridicule, tente de contenir un sourire qui concéderait la pertinence de la proposition. La petite fille en elle qui avait envie de jouer elle tente de déverrouille ses lèvres. Le visage de berthe s'illumine finalement, affichant un sourire timide qui efface d'un trait toutes ses rides bienfaisantes de grand-maman. Elle a tout à coup sept ans. Elle abdique.
-C'est bon allons-y
Enroulant son foulard, Henri pensa:
«Une tarte! Non, mais...elle m'étonnera toujours. Quelle chance j'ai de rencontrer ma femme encore et encore, après tout ce temps, pour la première fois.»
