lundi 8 janvier 2007

Eye contact #1

En route pour le bureau, j'attendais le métro en faisant les cent pas station Jean-Talon. Dans ma vision périphérique, en noir et blanc, une forme incertaine semble plongée dans une lecture passionnante.

Cinq minutes plus tard, le métro arrive enfin. L'ombre incertaine se précise finalement en jeune femme. Intrigué par la métamorphose, j'aide quelque peu le hasard, souvent ingrat, et monte dans le même wagon qu'elle. Je trouve un siège ni trop près ni trop loin à porté de vue. Tenté par un petit défi du lundi, et aussi parce que j'avais aussi déjà prévu me lancer officiellement en campagne cette semaine, je décide de plonger lui adressant un regard doux, mais insistant.

Elle avait les yeux bleus clair ou gris peut-être, les cheveux mi-longs noirs, le visage agréable sans être magnifique, un anneau dans la narine, un autre au travers de la lèvre inférieure. Probablement mi-vingtaine, l'allure marginale, quelque part entre vamp et punk. Je dois dire qu'une telle allure accroche toujours mon regard, tout comme ...( hum, ça non, ce sera un autre billet ...peut-être )

Elle remarque l'attention, mais baisse les yeux aussitôt. Sans doute pour se confirmer qu'on l'a regardait bien, elle lève à nouveau les yeux et cherche cette fois ce regard posé sur elle, s'en suit alors une confrontation amicale entre deux humains voulant peut-être aller tous deux au-delà d'eux même. Quatre yeux se confrontent, se défient, s'apprivoise un instant éphémère...une seconde....deux secondes, non cette fois, maintenant aujourd'hui, je ne baisserai pas les yeux,....trois secondes, l'intensité monte d'un cran....QUATRE secondes....CINQ secondes....elle baisse finalement les yeux, le visage un peu plus coloré, un demi-sourire aux lèvres.

Je prétexte de chercher quelque chose dans mon porte-document et mettant fin à la joute, victorieux. Du coin de l'oeil, je la vois chercher à nouveau ce regard. Mais il se porte maintenant sur une autre qui vient de faire son entrée. En vérité, le regard ne vise personne et n'est que perdu, songeur. Ses yeux toujours portés sur moi, le visage sans nom, je lui accorde un autre petit coup d'oeil. Un sourire amical m'accueille cette fois. Je ne lui rends pas malheureusement pas cette subtile invitation. Les stations se succèdent sans que je ne lui prête d'autres attentions. Je me trouve quelque chose à lire et m'y cantonne.

Arrivé à ce que j'en devine sa station, elle passe devant moi, quitte le wagon. Les portes se referment, elle se retourne pour voir si peut-être un dernier regard l'attend. Toujours incapable de sourire, je lui présente pourtant une salutation amicale de la main, gage d'un souhait de bon jour.

C'est tout??? Eh oui! Peut-être je me lancerai un peu plus une autre fois. C'est promis!

Bon je sais, presque rien direz vous, rien de plus anodin. Cela suffira pourtant à me griser doucement toute la journée durant jusqu'à mon levé au petit matin demain.